Les récentes remises en cause des rapports du Giec posent, une fois de plus, la question de savoir si une information scientifique claire est précise est encore possible dans des sociétés de plus en plus médiatisées et technicisées. Ce groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a été récemment accusé d’avoir laissé passer, dans son rapport 2007, des prédictions d’un catastrophisme grossier sur la disparition prochaine des grands glaciers himalayens. A point nommé, Claude Allègre, l’infatigable adversaire de Giec, s’infiltre dans la brèche. Accusant les climatologues d’insincérité, il réaffirme avec force que les causes et les conséquences du réchauffement climatique, qu’il ne nie pas, relèvent d’une multiplicité de facteurs, dont le CO² ne serait qu’une composante minime : protons solaires, courants océaniques, poussières de l’atmosphère, etc. Autrement dit, le phénomène est, à ses yeux, d’une complexité qui est loin de mettre en cause la seule responsabilité humaine.
A qui se fier ? A l’évidence, la science n’est toujours pas parvenue à se libérer des fumées de l’idéologie. Depuis que Jean d’Ormesson a démontré que les écrivains romantiques, si sensibles aux orages désirés, ont inventé sans le savoir la météorologie, nous savons que les informations sur le temps qu’il fait touchent en nous une corde passionnelle. A fortiori quand ces commentaires mettent en cause l’avenir de la planète. Il est probable que les chercheurs du Giec soient sincères. Les plus lucides reconnaissent que le scénario catastrophe d’une fonte complète des glaces des pôles, entraînant une hausse de six mètres du niveau de la mer, ne saurait être envisagé qu’à l’échéance de plusieurs siècles. Ils admettent que leurs rapports sont trop épais pour éviter les contradictions et les scories, et qu’ils sont inévitablement trahis par des résumés simplificateurs. Si une faute est commise par ces chercheurs, ce n’est pas à leur quête de gloire et de médailles qu’il faut l’imputer. C’est, bien plutôt, à un préjugé d’ordre idéologique dont leur ennemi juré est l’exact envers. Le Giec a fait sienne l’idéologie néo-mal-thusienne de la précaution. En admettant même que l’accroissement du CO² ne soit qu’en partie imputable à l’humanité, il pense, avec l’économiste britannique lord Stern, que la peur est bonne conseillère et que, de toute façon, en réduisant nos émissions polluantes, "nous aurons un monde plus propre". Claude Allègre, de son côté, affirme son doute "que l’homme puisse agir globalement sur le climat" et sa conviction que "l’homme a tous les moyens de s’adapter face au changement climatique". Il admet que si les chercheurs du Giec avaient dit clairement ce qu’ils savaient, il aurait "travaillé avec eux pour définir une stratégie efficace et qui ne casse pas l’économie". Malthus et Keynes reviennent, l’un et l’autre, en force. Est-il possible de les réconcilier ? C’est le grand défi de notre temps.