Mardi 9 février 2010 : Joseph Stiglitz annonce la fin du monde.
Prix Nobel d’économie très écouté par Nicolas Sarkozy, Joseph Stiglitz a sorti un livre intitulé en américain "Chute libre". Il y annonce que l’économie mondiale est actuellement dans la même situation qu’une tuile qui a été arrachée du toit par la tempête. Elle tombe en chute libre depuis la dernière crise et va éclater dans quelques instants en mille morceaux en arrivant sur le sol.
Quand on est prix Nobel d’économie, écrire un bouquin qui raconte la réalité et indique que la reprise a déjà bien démarré depuis octobre 209 aux USA, ne procure pas beaucoup de lecteurs. Annoncer, par contre, la brutale "fin du monde" économique et la décrire avec d’excellents détails attirera des milliers, voire des millions de lecteurs. On lit encore très souvent l’Apocalypse écrite par saint Jean voici presque 2000 ans...
Mercredi 10 février : brutale spéculation contre l’euro.
Tous les pays de la vieille Europe dépensent plus qu’ils ne gagnent.
Certains pays sont "sages" comme l’Allemagne et respectent pratiquement la signature qu’ils ont donnée au traité de Maastricht. Quand un problème survient, gouvernement, patrons et syndicats s’assoient à une même table et trouvent une solution. Mais d’autres pays, méditerranéens, comme la Grèce, le Portugal ou la France n’ont pas cette sagesse. Ils dépensent beaucoup plus qu’ils ne gagnent. Et, pour être réélus, leurs responsables n’hésitent pas à offrir aux électeurs toujours plus que leur concurrent : médecine gratuite, retraite à 60 ans, semaine de 40 heures, voire "droit au logement" pour les parents. Ecole gratuite, voire droit à l’ordinateur pour les enfants. L’Etat paye.
En plus, tous ceux qui nous offrent ces services "gratuits" sont des fonctionnaires ayant un "statut" solide comme du béton. Ils sont assurés de ne pas perdre leur emploi et de voir leurs salaires augmenter régulièrement avec l’ancienneté. Ils exigent d’abord en permanence des embauches supplémentaires pour avoir moins de travail au quotidien. Certains d’entre eux n’hésitent pas à utiliser la violence pour obtenir encore plus. Ils se mettent en grève, défilent dans les rues, séquestrent leur patron, menacent d’incendier leur usine, voire attaquent les CRS.
De ce fait, les prix grimpent bien plus rapidement en Grèce qu’en Allemagne. La balance commerciale grecque est de plus en plus négative. Les investisseurs fuient, ce qui aggrave le mal. Et, le 10 février, ceux qui ont beaucoup d’argent à prêter ont pensé que cette situation ne pouvait plus durer. Donc que le Grèce allait être obligée de quitter l’euro pour dévaluer et ainsi rendre à nouveau ses entreprises compétitives. Ils ont alors massivement vendu les obligations grecques qu’ils détenaient et acheté à la place des obligations allemandes ou américaines. Les prix des obligations indiquent que les marchés pensent qu’une dévaluation de 30% de la drachme par rapport au mark serait nécessaire - de même qu’une dévaluation de 12% pour le franc...
Jeudi 11 février, à 17 heures : Angela Merkel et Nicolas Sarkozy s’opposent à la fin de l’euro.
Allemagne et France pensent qu’il faut sauver l’union monétaire liant entre eux les pays européens. Le FMI qui proposait d’aider la Grèce est renvoyé à Washington. Et la France et l’Allemagne ont décidé de prêter de l’argent à la Grèce, puisque les marchés financiers ne voulaient plus le faire.
Ces prêts vont lui permettre de payer ses fonctionnaires, sa nombreuse armée en particulier. mais ils ne changent rien au problème de fond : les prix sont en Grèce actuellement supérieurs de 30 % aux prix allemands. Il faudra donc dévaluer, rapidement, d’une façon ou d’une autre.
Pour le futur, on parle d’imposer à tous les pays d’Europe la même "gouvernance fiscale". Une seule petite question : les Français devront-ils adopter la TVA sociale allemande ? Ou les Allemands adopter les charges sociales françaises ?
Article Les 4 Vérités Hebdo N°729 du vendredi 19 février 2010 par Bernard Trémeau