Chères lectrices, chers lecteurs, en ce début d’année 2010, je voudrais vous parler d’un phénomène insidieux, extrêmement grave pour notre avenir, qui est en train de se mettre en place, sans qu’apparemment nous en prenions conscience.
De quoi s’agit-il ?
De plus en plus de "pays développés", en particulier en Europe de l’Ouest et aux Etats Unis, se désindustrialisent peu à peu au profit de "pays émergents" (Europe de l’Est, Chine, Inde, Brésil, etc..), sans se rendre compte du danger que cela représente pour eux.
Ces "pays émergents" profitent largement des matériels produits chez eux, sous licence ou sous-traitance, ainsi que des transferts de technologie, attribués trop facilement par certains industriels, pour apprendre à les fabriquer seuls et devenir de redoutables concurrents de ceux qui leur ont appris à travailler.
Ainsi nos pays occidentaux sont-ils en train de réduire leur capacité de production et de création pour s’orienter vers les activités de service, à faible compétence. C’est déjà le cas de l’Angleterre, qui a réduit considérablement ses capacités industrielles, et des Etats Unis, qui achètent de plus en plus de produits chinois. Et nous sommes en train de faire la même chose !
Nos capacités de production vont se réduire peu à peu et entraîneront des conséquences sur nos exportations et notre croissance, ce qui provoquera une aggravation du chômage. Nous devrons acheter de plus en plus de produits manufacturés aux pays émergents, tout en exportant moins de produits fabriqués entièrement chez nous ; notre balance commerciale sera encore plus négative. C’est déjà le cas aux Etats Unis et en Angleterre.
C’est ainsi que de plus en plus de produits chinois sont en vente dans nos supermarchés, que presque tous les appareils électroniques sont produits en Chine, comme pratiquement tout ce qui concerne les productions de textile.
On verra bientôt arriver des voitures chinoises, à essence et électriques, et le premier avion civil, concurrent d’Airbus et de Boeing, est déjà en cours de construction ; des voitures françaises sont fabriquées entièrement en Europe centrale et nos constructeurs ont décidé de vendre des voitures électriques fabriquées au Japon, plutôt que de les concevoir en France.
Il est intéressant de se rappeler que la plupart de ces pays, Chine et Europe centrale, vivaient, il y a encore quarante ans, sous un régime communiste impitoyable, dans la plus grande pauvreté et le plus grand dénuement. Leur essor économique n’a pu commencer qu’après qu’ils se sont débarrassés de ces idéologies communistes et des contraintes politiques et économiques qui les paralysaient.
Un "véritable libéralisme économique" a été mis en place, sans aucune restriction, en laissant les uns s’enrichir, sans les sanctionner, et les autres travailler dans des installations de plus en plus modernes. Ils ont réussi à former, après de dures sélections, de plus en plus d’ingénieurs, de techniciens, de scientifiques de grande qualité. Rappelons aussi que, dans ces "pays émergents", les horaires de travail ne sont pas limités, et que les salaires ne supportent aucune charge sociale ou autre. C’est la démonstration en vraie grandeur que le Libéralisme est la seule méthode économique qui réussit, à condition de lui laisser la liberté nécessaire et en faisant jouer la concurrence pour sélectionner le meilleur dans tous les domaines, sans méconnaître pour autant le caractère social indispensable. Par contre, toutes les méthodes communistes ont échoué, lamentablement, fondant leur action sur un égalitarisme absolu et la suppression des élites. Il est désolant de voir encore, chez nous, des hommes ou femmes politiques croyant encore à ses vertus.
Il convient maintenant de prendre conscience que, si on ne réagit pas, ces "pays émergents" vont très vite se développer et que les nôtres, dont la France, vont devenir en voie de "sous-développement". Alors que faudrait-il faire, ou plutôt que devrions-nous faire ?
La première opération consisterait à prendre conscience de ce qui ne va pas dans notre système économique français actuel et de clairement identifier les contraintes qui pèsent sur nos entreprises, que les autres n’ont pas.
Je vais en citer plusieurs.
1 - Des coûts de production trop élevés dus à deux obligations particulièrement pénalisantes pour nos entreprises :
- les charges sur salaire, instituées depuis longtemps, pour financer facilement des opérations qui n’ont rien à voir avec l’activité des entreprises, notamment une partie du financement de la Sécurité sociale, l’assurance-chômage, l’assurance-retraite des salariés et d’autres assurances complémentaires. Toutes ces charges doublent le salaire net, qui devrait seul figurer dans les coûts de production. Pour compenser le manque de recettes, il faudrait décider de faire payer ces charges autrement, mais surtout pas par l’Etat. Il existe des solutions en relation avec le chiffre d’affaires ou la TVA ou d’autres. Il faudrait que le gouvernement accepte de les étudier et de les mettre en oeuvre. C’est vital pour la vente de nos produits, qui seront ainsi moins chers, pour notre croissance économique et pour la réduction du chômage ,
- l’autre contrainte concerne la durée du travail, qui a été réduite à 35 heures par les gouvernements socialistes, et que nous n’arrivons pas à supprimer totalement. On ne peut imaginer une décision qui aura été plus nocive à notre économie. Certes, les heures supplémentaires ont été libérées depuis peu, mais elles coûtent fort cher à l’employeur, et sont peu utilisées. L’horaire légal est toujours de 35 heures, alors que chez nos concurrents il est de 39 heures, voire de 45 heures.
Comment voulez-vous que nos prix soient compétitifs avec des charges sur salaire que les autres pays n’ont pas, et des horaires de travail réduits ? C’est certes sympathique, mais catastrophique pour la vente de nos productions. Un retour aux 39 heures légales s’impose, sinon les délocalisations vont s’accélérer, réduisant d’autant nos productions en France et aggravant ainsi le chômage.
Il faut savoir ce que l’on veut : les 35 heures et le chômage ou les 39 heures et l’emploi !
2 - Mais tout cela ne suffirait encore pas pour prendre en compte l’écart considérable qu’il y a entre les salaires pratiqués dans ces pays et les nôtres. Il nous reste cependant une dernière arme : la robotisation. Elle seule pourra nous amener au niveau compétitif. En effet, les robots n’ont pas de limitation d’horaires, et ne font jamais grève. Leur travail est impeccable, et rapide. Ils peuvent remplacer plusieurs salariés, et c’est là qu’intervient notre dernier gain en compétitivité. Cette opération ne devrait pas accroître beaucoup le chômage, en tout cas certainement moins que si on fermait des usines, faute de clients.
Ainsi, notre survie économique, notre sortie de la crise dans les meilleures conditions possibles et la reprise de notre croissance, tant attendues, dépendent de trois opérations :
- la suppression des charges sur salaire ;
- le retour aux 39 heures programmé ;
- la robotisation.
Je mesure toutes les difficultés à surmonter, par les pouvoirs publics, pour leur réalisation. Mais elles sont indispensables à notre survie économique, et à une sortie de crise que l’on risque d’attendre longtemps !
Alors permettez-moi de formuler le voeu pour 2010 de la prise de conscience de cette situation, et d’un commencement de mise en oeuvre de ces trois opérations, indispensables au retour de notre compétitivité. Et je n’ai pas évoqué le dollar trop bas ou l’euro trop haut, qui n’arrangent rien, mais sur lesquels nous n’avons aucune action.
Si déjà on s’attaquait résolument à ces trois domaines, on aurait fait un grand pas, car la priorité est notre compétitivité, qui conditionne la croissance, le chômage, et le pouvoir d’achat.
Tous mes voeux au nouveau Figaro et à sa nouvelle imprimerie tout couleur.
Tous mes voeux à l’ensemble de nos fidèles lecteurs et à leur famille,
Tous mes voeux à tous nos annonceurs,
Tous mes voeux à tout le personnel du Figaro et à ceux de ses suppléments magazines qui font un remarquable travail.
Merci, et bonne année à tous.