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Article N° 2413

"Pascal Paoli" - Prison avec sursis requise. (Article Le Marin du vendredi 27 novembre 2009 par Thibaud Teillard)

Publié le vendredi 11 décembre 2009

Le coup de force à bord du "Pascal Paoli" lors de la grève à la SNCM en septembre 2005 a été jugé à Marseille les 19 et 20 novembre. Le procureur n’a requis que de la prison avec sursis.

Manifestement ennuyé d’être à la barre du tribunal correctionnel de Marseille, de revivre ces mauvais souvenirs, un petit homme en chemise blanche résume la confusion qui régnait à bord, ce 27 septembre 2005. " J’étais très impressionné, murmure Jean Damiani, 25 ans de SNCM, alors commandant du Pascal Paoli. On a été comme enfermé. J’avais un peu la trouille".

Ce jour là, vers midi, une quarantaine de personnes montent à bord du ferry, à quai à la Joliette, à Marseille. Le Pascal Paoli vient de Bastia. C’est le dernier des navires de la SNCM à entrer dans la grève menée, depuis une semaine, par la seule CGT, majoritaire. Une AG est organisée à bord, sans demander rien à personne. C’est la coutume à l’époque, à la SNCM. " C’était assez chaud sur la passerelle, se souvient Jean Damiani. On a eu des mots." Son interlocuteur ? Alain Mosconi, leader des marins du Syndicat des travailleurs corses (STC).

Alain Mosconi, leader des marins du Syndicat des travailleurs corses, drapé d’une banderole à la sortie du tribunal de Marseille.

Avec ses deux frères, Patrick et Jean-Marc, et son collègue syndicaliste Félix Dagrégorio, Alain Mosconi mène un coup de force inédit : prendre en main le navire et le ramener à Bastia. Les Corses sont sous tension depuis la grève. Bloqués à Marseille à manger des sandwiches, ils sont exaspérés. Le ferry va leur servir à assurer, comme ils disent sans rire, "la continuité territoriale". Sauf que, informée par le commandant, la direction de la SNCM, la capitainerie du port et toutes les autorités refusent ce départ sauvage.

Les marins du STC passent outre. Le chef mécanicien est poussé vers la machine. Avec l’aide de sympathisants restés à quai, pour certains masqués, les amarres avant sont larguées avant les amarres arrière. Trop tôt. Le Ferry dérive, tape le quai. Le commandant, resté à bord sur ordre de sa direction, est finalement " prié" de prendre le Pascal Paoli en main. 20 heures de navigation en dehors de toute légalité s’achèvent, le lendemain à 8h, par l’intervention des gendarmes d’élite du GIGN, hélitreuillés devant le port de Bastia.

Piraterie ? L’instruction n’a pas retenu cette qualification criminelle qui, au procès, se serait vite effondrée. Les trois frères Mosconi et Félix Dagrégorio n’ont été jugés devant le tribunal correctionnel de Marseille, les 19 et 20 novembre dernier, que pour séquestration et prise illégale de commandement.

ARGENT ROI

Même pas si simple. Le président Vincent Turbeaux a émis l’hypothèse de requalifier les faits en menaces volontaires. Et le procureur, dans des réquisitions modérées, n’a demandé "que" 2 ans de prison avec sursis à l’encontre d’Alain Mosconi et Félix Dagrégorio, et 18 mois pour les deux autres frères Mosconi. "Nous ne jugeons pas une mutinerie, encore moins une sédition, argumente Michel Raffin. Nous jugeons un dérapage survenu au cours d’un mouvement social dur".

Repris par le GIGN, le navire n’a pas été pillé, ni détérioré. Exceptionnel à l’époque. Une trop belle occasion pour Alain Mosconi de dénoncer à la barre ce qu’il appelle, lui, un "braquage organisé par les tenants de "l’argent roi". Et le syndicaliste de tonner pour mieux se dédouaner : " La SNCM valait à l’époque entre 500 et 700 millions d’euros. L’Etat l’a cédée pour 35 millions tout en dépensant 120 millions d’euros pour un plan social qui a fait partir 400 personnes. M. Butler (Walter Butler le financier qui contrôle le fonds Butler Capital Partners) a mis 13 millions sur la table. Trois ans après, il y a six mois, il est parti avec 75 millions en revendant à Veolia. Voilà comment un homme arrive à s’enrichir sur le dos des travailleurs !".

Justification syndicale d’un coup de force jugé sous haute protection policière. Un procès finalement très calme mais plutôt singulier : ni la SNCM, qui a retiré sa plainte, ni le commandant Damiani, qui n’en a jamais déposée, ne réclament quoi que ce soit. "Question de base, demande le président Vincent Turbeaux aux quatre prévenus : avez-vous subi des sanctions disciplinaires de la part de la compagnie ?" Silence. "Aucune sanction", répond Alain Mosconi. Le jugement a été mis en délibéré au 2 décembre.


Article Le Marin du vendredi 27 novembre 2009 par Thibaud Teillard




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