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Article N° 2398

L’intoxication judiciaire. (Article Les 4 Vérités Hebdo N°717 du vendredi 20 novembre 2009 par Christian Lambert)

Publié le vendredi 4 décembre 2009

Depuis des mois, voire des années, il n’est pas de jour où les médias ne servent au grand public le compte rendu de procès où sont impliqués des hommes politiques au plus haut niveau : Président de la République, Premier ministre, ministres, parlementaires, sans parler de simples citoyens objets de dénonciations calomnieuses à scandales.

Que se passes-t-il donc ? Ou la justice fait preuve d’un acharnement contre les politiciens, ou bien ceux-ci sont tous coupables. En réalité, voici de quoi il s’agit.

Pour ce qui est du trop fameux procès Clearstream, j’emprunterai l’impression qu’il laisse après des mois de spectacle télévisuel à ce qu’en dit Thierry Desjardins, ancien rédacteur en chef du Figaro dans son dernier ouvrage. S’adressant au Président de la République, il écrit : " Dans toute cette guéguerre contre Villepin, vous avez surtout commis une faute politique. Vous vous présentiez dans cette affaire Clearstream compliquée et peu ragoûtante, en victime du machiavélisme de Villepin. Personne n’était tout à fait dupe. Nous savons qu’en politique tous les coups sont permis, y compris les coups les plus bas et vous-même vous ne nous êtes jamais apparu comme l’agneau qui vient de naître. A force d’en rajouter, de charger la barque, de choisir les magistrats, de ne lui épargner aucune mesquinerie, vous avez interverti les rôles. Aujourd’hui, ce n’est plus vous l’éventuelle victime d’une éventuelle machination un peu minable de Villepin, c’est lui l’évidente victime d’un acharnement judiciaire indécent, la victime de votre vindicte haineuse..."

De plus, dans cette affaire minable, quelle est la nature du crime ? Etre soupçonné d’avoir placé des fonds dans un pays frontalier, membre de l’Union européenne, alors que les fondements de l’UE sont la libre circulation des personnes et des biens. En fait, l’état désastreux de ses finances, la fiscalité la plus lourde du monde, ont fait que la France a rétabli le contrôle des capitaux avec douane et police des frontières. Il n’y a que les immigrés qui circulent librement en Europe où ils pénètrent comme dans un moulin !

Nous avons eu droit aussi au spectacle récurrent non pas d’une tragédie wagnérienne, mais d’une méchante et interminable comédie : les 35 emplois fictifs de la mairie de Paris. On croyait l’affaire terminée mais voici qu’elle ressurgit avec Chirac en tête, passible tout à coup de dix ans de prison et d’une forte amende - les salaires des employés fictifs ayant coûté 4 549 097 euros, payés on ne sait trop par qui ! Toujours dans la même affaire, Alain Juppé, ancien Premier ministre, a été condamné et déclaré inéligible pendant 2 ans et le directeur de cabinet de Chirac maire de Paris, un ancien préfet, Michel Roussin, a passé quelques jours en prison comme un vulgaire malfrat.

Nous avons eu droit aussi au procès Tibéri, ancien maire de Paris, député du Vè arrondissement et aux commentaires de Xavière, son épouse. Quant à Charles Pasqua, personnalité connue du gaullisme, ancien résistant de la première heure, ancien ministre de l’Intérieur, le voilà condamné à un an de prison ferme, impliqué dans un trafic d’armes pour l’Angola. Je note, à ce propos, que, dans toutes ces affaires, les dossiers d’instruction sont au nombre de plusieurs douzaines, chaque dossier pesant entre 3 et 6 kilos et que les "bonnes pages" confidentielles de ces dossiers sont généralement publiées dans la presse le lendemain même du jour où elles ont été écrites. C’est ce qu’on appelle le secret de l’instruction !

Je note, en outre, que toute vente d’armes implique des procédés délictuels, rétro-commissions et autres délicates attentions, que la France officielle connaît bien pour être le troisième ou quatrième marchand d’armes dans le monde, ce vaste et très lucratif marché mondial ayant été chiffré à 1450 milliards d’euros pour la seule année 2007. Ayons, à cet égard, une pensée émue pour la vente des frégates à Taïwan, avec la saga Christine Deviers-Joncours, Alfred Sirven et Roland Dumas, ministre des Affaires étrangères de Mitterrand, sans oublier la vente de sous-marins et autres engins de guerre au Pakistan, d’où a résulté un attentat de type mafieux qui a coûté la vie à plusieurs ingénieurs français à Karachi. 

Si l’on descend, si j’ose dire, au niveau parlementaire, on entend les noms de Dominique Strauss-Kahn, impliqué naguère dans la comptabilité d’une mutuelle d’étudiants ; de Julien Dray, député et grand amateur de montres de prix, la presse ayant décrit en détail les péripéties associatives (SOS Racisme) et horlogères de ce parlementaire ; de Gaston Flosse, sénateur (divers droite), grand ami de Jacques Chirac, poursuivi pour corruption dans les territoires français "paradisiaques" du Pacifique, à tel point que le sénat n’a pas pu moins faire que de lever son immunité parlementaire et qui vient d’être placé en détention.

Un mot aussi des préfets. L’un assassiné en Corse, le préfet Erignac ; l’autre condamné pour incendie de paillotes, le préfet Bernard Bonnet ; un autre inculpé, le préfet Girot de Langlade, pour avoir dit qu’il y avait beaucoup de noirs en France. Plus deux diplomates de haut rang, dans l’affaire "Pétrole contre nourriture", une "générosité" de Saddam Hussein...

Devant un tel déballage quasi quotidien, que disent les Français ? Ils disent : "Tous pourris !"

Par ailleurs, personne n’a oublié l’affaire d’Outreau, montée à partir de dénonciations calomnieuses d’une personne d’origine étrangère fort peu recommandable, actuellement incarcérée, à partir desquelles un jeune magistrat a envoyé en prison et pour des années des personnes parfaitement innocentes, brisant leur vie et psychologiquement celles de leurs enfants, sans faire le moindre effort de vérification. Et puis, un beau matin, on s’aperçoit qu’il s’agit d’une erreur. " Eh bien ! bonnes gens, rentrez chez vous et bonne journée !" Or, un tel drame peut s’abattre sur chacun d’entre nous. Il suffit d’une dénonciation et le mal est fait. Le comble est que cette faute criminelle a coûté très cher aux contribuables. Un avocat à la cour de Paris, Me Jacques Boëdels, dans un article remarquable de précision, publie par les Echos en janvier 2007 a établi que le désastre d’Outreau a coûté à la collectivité plus de 14,5 millions d’euros ! Ca fait cher de l’erreur !

Alors que vaut une justice où l’on agit de la sorte ? Une justice qui, de surcroît, en France est politisée, les magistrats se répartissant en syndicats de gauche, du centre, de droite. C’est là une dérive inacceptable qui ruine la réputation d’une institution judiciaire en qui on ne peut plus avoir confiance. La justice, dans un pays civilisé et organisé, est la clé de voûte de l’édifice national. Si elle est suspectée, discutée, rejetée, voire méprisée, si elle suscite la crainte plutôt que la confiance, le pays sombre dans l’anarchie. C’est ce qui se passe en France...

 


Article Les 4 Vérités Hebdo N°717 du vendredi 20 novembre 2009 par Christian Lambert




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