Yves Tual, secrétaire de la CGT portuaire de Loire-Atlantique, à la tête de la lutte contre la réforme portuaire, reconnaît que le projet stratégique est ambitieux. Reste à le concrétiser.
Le projet stratégique du port vient d’être voté après une longue lutte sociale. Qu’en pensez-vous ?
La CGT s’est abstenue pour respecter notre point de vue de départ. Nous étions contre la réforme portuaire. Aujourd’hui, on reconnait que le projet stratégique est ambitieux. Si tous les acteurs s’en donnent les moyens. Il sera possible de créer un bel avenir au port Nantes - Saint Nazaire. En 158 ans, le port s’est toujours développé. Il ne peut pas stagner, sinon, il n’y aura plus de dynamique, plus de nouveaux investisseurs. Autrement dit, ce serait la mort du port.
Vous semblez optimiste pour l’avenir ?
Tous les acteurs du port semblent être prêts à aller dans le même sens. Le port est sain, il n’a pas de dettes et a été bien géré. Reste à voir ce que donnera ce nouveau fonctionnement. Avec, d’un côté, des privés pour assurer la partie production et manutention, et de l’autre, le port qui devient un aménageur du territoire et le promoteur de l’activité portuaire.
Quelles sont vos attentes ?
Nous demandons le développement du terminal agroalimentaire. Il veillit. Le futur gestionnaire privé devra investir dans du nouveau matériel plus performant pour remplacer l’outillage actuel qui a déjà trop vécu. Il faut veiller à maintenir la navigabilité de la Loire pour assurer le trafic des navires de commerce jusqu’à Nantes. On ne peut pas se contenter d’un transport de conteneurs par barges. Des navires jusqu’à 25 000 tonnes doivent pouvoir remonter le fer, le blé et les autres vracs jusqu’à Nantes.
Dans le projet stratégique, l’accent est principalement mis sur le terminal conteneurs. C’est un bon choix, pour vous ?
C’est le projet phare pour les années à venir, avec un allongement des quais qui permettra d’accueillir plus de navires avec un tirant d’eau plus important. Ca correspond à la tendance économique actuelle. Mais pour assurer le flux de ce trafic, il faut développer les accès routiers, le réseau ferroviaire et le transport fluvial. C’est dans les tuyaux mais, pour l’instant, ce ne sont que des paroles, il n’y a rien de concret.
Une nouvelle gouvernance née dans la douleur
"2008 et 2009 auront été deux années socialement exceptionnelles pour le port, reconnaît Yves Tual, de la CGT. On avait prévenu qu’une telle réforme passerait mal". Le port de Nantes- Saint Nazaire a, en effet, été à la pointe du combat contre la réforme portuaire.
Une grève très forte, d’avril à juillet, a bloqué les activités portuaires. Elle s’est poursuivie par des actions perlées jusqu’à mi-juillet, avec des débrayages des opéprations coup de poing et le blocage des terminaux quasiment tous les week-ends. La lutte a ensuite continué jusqu’à fin octobre pour obtenir un accord-cadre.
La grève totale a repris en mars quand l’accord local obtenu entre les manutentionnaires et la CGT a été retoqué par le gouvernement, entraînant la démission de toutes les instances dirigeantes et la colère des représentants des collectivités territoriales. Il a alors fallu de nouvelles négociations pour trouver un nouvel accord "conforme à la loi". Accord signé le 14 mai 2009.
Le GPMNSN a alors pu mettre en place sa nouvelle gouvernance. Il est désormais dirigé par un directoire, composé de trois membres.
Son président est nommé par décret, après avis du conseil de surveillance. Yves Gauthier assure cette fonction par intérim. Les deux autres membres seront nommés ultérieurement par le conseil de surveillance, sur proposition du président du directoire. Le conseil de surveillance est composé de 17 membres : 5 représentants de l’Etat, 4 représentants des collectivités territoriales, 3 représentants du personnel, 5 personnalités qualifiées. Le président par intérim est Pierre Klein.
Le conseil de développement est une instance consultative composée de 30 membres. Elles représentent 4 collèges (place portuaire, personnels des entreprises intervenant sur le port, collectivités territoriales et personnalités qualifiées). Ce conseil est présidé par Jean Michel Maillet, directeur du terminal méthanier de Montoir.
Le conseil scientifique de l’estuaire est composé de 16 membres. Il est amené à étudier l’ensemble des questions relatives à la préservation de l’estuaire, à sa gestion, à l’aménagement de ses milieux naturels ainsi qu’aux activités et travaux susceptibles d’avoir un impact sur ces milieux. Il est présidé par Louis-Alexandre Romana, directeur de la prospective et de la stratégie à Ifremer, chargé de l’environnement côtier.