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Article N° 177

Un port gazier au Verdon

PORT DE BORDEAUX. Le néerlandais 4Gas, filiale du fonds américain Carlyle, prévoit de construire un terminal méthanier à l’embouchure de la Gironde. Un investissement de 400 millions d’euros
Publié le lundi 28 août 2006, mis a jour le vendredi 25 juillet 2008


L’ancien terminal pétrolier. Rénové, c’est là qu’accosteront les méthaniers.
Les cuves de stockage de gaz seront implantées à proximité

 

La société néerlandaise 4Gas souhaite construire un terminal de gaz naturel liquéfié au Verdon sur l’estuaire de la Gironde. Le projet, qui faisait l’objet de négociations depuis quelques mois avec le Port autonome de Bordeaux (PAB), a abouti. Un accord a été signé le 4 août. 4Gas a pris une option sur 20 hectares de terrains à proximité de l’ancien terminal pétrolier. Le projet prévoit que le PAB rénovera ce terminal en vue de l’accueil de navires méthaniers. 4Gas investira dans les équipements de déchargement et de stockage du gaz.

Basé à Rotterdam, 4Gas est une filiale du fonds de pension anglo-saxon Carlyle. Cette société a été créée en 1999 pour investir dans le stockage portuaire de gaz naturel liquéfié. 4Gas construit et gère des capacités qu’elle loue à des groupes pétroliers et gaziers. Elle a un ambitieux programme.

« La croissance de la demande globale en gaz le justifie », expliquait au printemps l’un de ses dirigeants. En mars, 4Gas a recruté Simon Bonini, vingt ans d’expérience dans le secteur dont dix-sept ans chez British Gas, pour piloter ces projets au quotidien.

 

Site prioritaire

Ainsi, la société installe actuellement un terminal gazier dans le port de Milford au pays de Galles (il entrera en service en 2007), un autre dans le port de Rotterdam (2009) et elle en prépare un en Nouvelle-Écosse (Canada). À titre d’exemple, le site du port de Milford aura une capacité initiale de 6 milliards de mètres cubes annuels.

En début d’année, 4Gas a annoncé son intention de créer trois nouveaux terminaux avant 2015. En Asie et en France, sur la façade atlantique. Dans ce cadre, elle a choisi l’embouchure de la Gironde comme " site prioritaire s. Selon nos informations, l’investissement total devrait se situer autour de 400 millions d’euros. Les études seront lancées rapidement et devraient durer plus de deux ans. Si elles s’avèrent positives, la construction débutera en 2009. la mise en service est prévue en 2012 au plus tard. L’exploitation du site devrait entraîner la création de 80 emplois directs.

 

Troisième terminal français.

Le Verdon sera ainsi le troisième terminal méthanier de l’Hexagone. Les deux autres sont exploités par Gaz de France ; il s’agit de celui de Montoir-de-Bretagne à l’embouchure de la Loire (le plus grand d’Europe) et celui de Fos-sur-mer (Bouches-du-Rhône), en cours d’extension, le chantier devant s’achever l’an prochain.

On notera au passage que ce projet girondin a sensiblement la même importance que celui concocté en 1999 par Elf Aquitaine pour — déjà — Le Verdon. Face au déclin inéluctable du gisement de gaz de Lacq, le groupe pétrolier estimait nécessaire la construction d’un point d’importation de gaz naturel liquéfié dans le Sud-Ouest.

Après l’intégration d’Elf dans le groupe Total, le projet n’était officiellement pas remis en cause mais aucun calendrier n’était avancé. Il est probable que Total mais aussi Gaz de France deviendront demain utilisateurs des capacités de stockage créées par 4Gas.

 


 

La relance de l’avant-port déjà en route

4Gas offre au Verdon un beau cadeau d’anniversaire. Le terminal conteneurs du Port autonome de Bordeaux (PAB) vient de fêter ses trente ans. Qui se souvient que le 23 juin 1976, à 6 h 40, accostait le premier navire du nouveau terminal, un roulier en provenance d’Australie chargé de peaux destinées aux industriels de Mazamet ? Pour diverses raisons, l’avant-port bordelais n’a pas connu le développement envisagé à l’époque. Certes, celui-ci fait actuellement l’objet d’une relance. La ligne de desserte ferroviaire a été modernisée et un service de navettes mis en place. Le trafic conteneurs est en hausse de 8,5 % depuis le début de l’année. Par contre, si divers projets ont été évoqués, la zone franche de 59 hectares à proximité des portiques de déchargement est demeurée désespérément vide d’activité industrielle. Pour des raisons pratiques, 4Gas s’installera même en dehors de celle-ci.

Le groupe Carlyle amène d’abord un trafic initial d’au moins 2 millions de tonnes par an. Ce qui équivaut à 25 % du trafic actuel du PAB, estimé à 8,3 millions de tonnes cette année, plaçant Bordeaux au sixième rang des ports français.

 

 
Philippe Deiss, directeur général du Port autonome de Bordeaux.
C’est lui qui a mené les négociations avec 4Gas

Tourner la page.

L’investissement néerlandais permettra surtout au port de tourner une page en matière énergétique. Si l’importation de produits pétroliers à Ambès représente aujourd’hui près de la moitié de l’activité totale du port, celui-ci ne s’est toujours pas remis de la fermeture des raffineries Elf, Shell et Esso de Pauillac et Ambès à la suite des chocs pétroliers des années 70 et 80. En une décennie, le port avait perdu près de 4 millions de tonnes de trafic.

 

 


 

 

L’essor du gaz liquéfié

Depuis 1964 et le premier voyage d’un méthanier entre l’Algérie et la Grande-Bretagne, la demande en gaz naturel liquéfié (GNL) n’a cessé de croître. Ces derniers mois, l’envol du cours du baril de brut e accéléré la tendance. « La forte croissance de la consommation d’énergie dans le monde, les prix élevés du pétrole et les contraintes environnementales contribuent, au développement des échanges de GNL qui attirent de nouveaux opérateurs dans un contexte de sécurisation des approvisionnements énergétiques et aussi de libéralisation du marché de l’énergie en Europe ,, résume Anne Lanthiez dans une étude publiée à l’Institut supérieur d’économie maritime.

Si les trois quarts des échanges mondiaux de gaz naturel se font par gazoduc, la part du GNL progresse : 5 milliards de mètres cubes en 1974, 177 milliards l’ah dernier et probablement 200 milliards en 2010. Une douzaine depays (Indonésie, Malaisie, Qatar, Algérie en tête) exportent actuellement du GNL

Refroidi à-162°.
Le gaz naturel est refroidi à-162°, ce qui permet de réduire son volume de 600 fois. Il est ensuite chargé sur un méthanier. La flotte mondiale compte 191 navires de ce type, des bâtiments de haute technicité. Les modèles actuels ont une capacité de quelque 150 000 mètres cubes. Gaz de France est en train de se doter de sa propre flotte de méthaniers auprès des Chantiers de l’Atlantique. Livraison prévue fin 2006.

Arrivé au port, le navire est déchargé et le GNL stocké dans des cuves. Il est ensuite remis sous forme gazeuse puis injecté dans le réseau des distributeurs auprès des entreprises et particuliers. La France est. le deuxième importateur européen de GNL avec 7,6 milliards de mètres cubes.


Article Sud Ouest du 10 aout 2006 par Michel Monteil - Photos : Claude Petit




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